Le déshonneur des Montergnac d'Isabelle Buffet

L’histoire : Un manoir isolé sur une île fouettée par les vagues, la tempête de l’année, un vieillard tyrannique à l’agonie qui convoque une meute d’héritiers aussi indignes et qu’intéressés, mais malmenés par l’irascible patriarche, de sombres secrets de familles soudainement déterrés, un couple de de vieux valets à la fois fidèles et revanchards, un notaire, une danseuse, un ancien militaire… Je ne citerai pas l’ensemble des personnages. Subitement, c’est le crime. L’ambiance est installée, nous avons le huis clos. Le continent est loin, le coupable est forcément l’un d’entre eux ! Une ancienne officière de gendarmerie, seule invitée qui ne saurait être suspectée et surtout belle personne qui récemment refusa de jouer le jeu de sa hiérarchie corrompue, mène l’enquête. 

 

Ce que j’en pense : Nous nageons en territoire connu. La grande Agatha a presque soufflé dans l’oreille de l’auteure un scénario mélangeant « Les dix petits nègres » et « Le crime de l’Orient-Express ». Mais je ne parlerai ni de plagiat ni de copie, j’emploierai plutôt le terme « bel hommage » à la reine du crime. Bien sûr Isabelle Buffet possède son propre style. Son écriture est simple, fluide, agréable à lire, peut être parfois un peu trop académique et sans surprise. L’ouvrage commence par une longue (trop longue  ? ?) présentation des différents protagonistes et de leur état d’âme. On finit par se perdre dans ce faisceau de relations et de situations. Certains contextes, ou personnages de second plan, n’apportant pas grand-chose à l’intrigue, sont à mon sens, développés inutilement. Et surtout, le lecteur prend beaucoup d’avance sur l’enquêtrice qui, dans la deuxième partie du roman, ne connaîtra pas tout ce dédale de détails, ce qui ne l’empêchera pas de résoudre l’affaire. Cet « historique » de mise en place occupe presque la moitié du roman. Peut-être que certains détails auraient pu apparaître lors de l’enquête, ce qui aurait eu pour effet d’égarer délicieusement le lecteur. Dans la version actuelle, la chute est assez prévisible.

Tout au long de cette « Implantation », on trouve quelques redites (ou rappels) qui ont pour effet de rallonger un peu plus l’introduction. Si l’auteure avait choisi d’écrire une saga familiale, elle aurait pu développer à volonté l’histoire des Montergnac, ce qui d’ailleurs aurait été sans doute intéressant, car cette histoire mériterait amplement d’être approfondie. Mais Isabelle Buffet a choisi le polar… il y a, toujours à mon humble avis, au minimum 50 pages de trop dans la première partie.

En fait, l’action (et le réel intérêt du lecteur) démarre avec la déclaration d’Édouard lors du dîner. Nous en sommes déjà à la page 127, c’est-à-dire presque à la moitié du bouquin. Lorsque l’enquête commence, la mayonnaise se met soudain à prendre. Le lecteur a envie de savoir la fin, il lit plus vite, il se montre impatient. Un état dans lequel il devrait être placé dès le début du roman.

Charlotte, l’enquêtrice, est un personnage attachant. Elle a ses failles, ses doutes, ses démons. Elle existe… Même si de temps à autre, elle devient un peu lisse.   J’aurais aimé la rencontrer un peu plus, la connaître physiquement, la voir réagir, en un mot j’aurais aimé qu’elle me surprenne.

Pour conclure :  sans meurtres à la chaîne, sans détails sordides ou autres effets spéciaux sanguinolents, ce polar, très classique, est une histoire de bonne facture, bien écrite,  où l’on rencontre, avec un certain plaisir, les membres meurtris d’un clan, plongés malgré eux dans une affaire compliquée qui ne manque pas d’intérêt. Le tout sur fond de secrets de famille. Malgré les quelques critiques que j’avance, je conseille la lecture de ce bouquin. Au travers de ses lignes, l’on ressent toute la générosité de l’auteure et l’amour qu’elle porte à ses personnages. Voici quelque chose de suffisamment rare qui méritait d’être souligné ! 

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