Deus de Patrick Garcia

"Ce n'est pas une défaillance de votre liseuse, ne cherchez donc pas à régler la typo, l'auteur a le contrôle total de son bouquin : Nous rentrons dans la quatrième dimension". 

Mes dix doigts sur le clavier, songeant à la chronique que j’allais pondre, je suis demeuré un long moment indécis, mains aux aguets et esprit fumant. La question qui taraudait mon incertitude était la suivante : « Faut-il encenser ce bouquin ou lister tout un panel de réserves ? » Je vois d’ici l’auteur lisant ces lignes et commençant à se crisper !   Du calme Patrick, quelles que soient les remarques que l’on peut formuler, « Deus » ne laisse pas indifférent et il est clair que sa lecture entraîne un bon paquet de questions existentielles.

En fait, il y a deux éléments bien distincts à prendre en compte séparément. Le fond et la forme. Je sais, ce n’est pas nouveau.

Le fond : L’idée est géniale et novatrice.  Nous naviguons dans un univers déstabilisant, qui pourrait rappeler un « Cube » revisité, agrémenté des nombreux et passionnants délires des « Cycles d’Ananké » D’Henri Vernes.  Jonglant constamment avec la joyeuse formule « L’enfer, c’est les autres » nous avançons dans un espace improbable, délicieusement incompréhensible, qui finira par nous embarquer dans un final totalement imprévisible et rudement bien trouvé…  Angoissant, déroutant, mystérieux, surprenant… Voici quelques adjectifs qui me viennent spontanément à l’esprit.  Là, nous sommes d’accord, j’encense ! Auteur, décontracte-toi !  

Les personnages sont bien trouvés, intéressants, complexes et attachants. L’auteur nous propose une étude assez fouillée de chaque personnalité et parvient à prêter à ses personnages des comportements en réelle adéquation avec chacune de ses analyses.  Il n’y a pas de méchants, il n’y a pas de gentils, il y a des êtres perdus, effrayés, capables du meilleur, mais aussi des pires saloperies. C’est très bien rendu. On a peur pour eux, on se pose les mêmes questions qu’eux, se demandant si nous pourrions, nous aussi, plongés dans des situations analogues, devenir à notre tour des personnes prenant des décisions que leurs propres valeurs réprouvent. De vraies questions ! J’encense encore et c’est mérité !  

Ce que nous baptiserons « Le monde de Deus » est bien décrit. Les images sont suffisamment précises et riches pour que lecteur « visionne » et se perde à son tour dans ce drôle d’univers.

La forme : Je suis plus réservé.

Après un prologue un peu long, au style un tantinet redondant et académique, qui m’a rappelé les interminables présentations  personnages/contextes/situations familiales, propres aux  prologues de tout film catastrophe américain, le bouquin démarre enfin.   L’auteur semble alors changer soudainement de style d’écriture. Il laisse  tomber l’utilisation intensive d’adjectifs qui n'ont pour d'autre effet, à mes yeux,  que d’alourdir le texte.   Une forme d’humour et de second degré apparaît aussi. L’auteur ne « s’écoute plus écrire », il s’amuse avec ses mots et avec son histoire, entraînant le lecteur dans ce jeu. Donc, une fois que l’on est « dedans » on y est bien, mais il a fallu un certain temps pour y rentrer.

Le problème réside au fait que la narration s’essouffle assez rapidement et qu’à l’instar des personnages, le lecteur croise en deuxième partie du bouquin, un léger sentiment ennui. Mais rassurez-vous, ça ne dure pas. Vingt ou trente pages peut-être et il est très possible que cela ait été voulu par l’auteur, ce qui serait logique si l’on prend en compte la situation décrite.

Donc l’intérêt du lecteur que je suis progresse en troisième partie.  Jusqu’à l’arrivée du « Pot aux roses » que je n’ai pas vu venir. Très bien trouvé, bravo ! Mais trop rapidement amené et surtout pas suffisamment développé. Irai je jusqu’à dire que la fin n’est pas la hauteur du livre ?  Non, ce serait exagéré.  Je ne puis bien sûr évoquer un « Happy-end » ou un « Sad End » ce serait spoiler et ce serait bien dommage, mais, l’auteur comprendra mon allusion,  la fin rapide qu’il nous propose est un tantinet décevante parce que peu argumentée. J’émets un avis bien personnel qui n’engage que moi, bien sûr. 

En conclusion, « Deus » est un bouquin original, intéressant, qui laisse des traces.  J’en conseille la lecture car je l’estime apte à satisfaire de nombreux lecteurs. Cependant il mériterait peut-être quelques petites modifications, essentiellement dans les pages du prologue et dans celles de l’épilogue. Merci à Patrick Garcia ne m’avoir confié son livre, ce fut une singulière et agréable découverte.

 

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