Continuer d'aimer de Marcus Hönig

Que c’est dur de continuer d’aimer parfois ! Ce bouquin, qui est un itinéraire étrange et peu commun, nous le démontre.  

— Étranges et peu communs comme les résidents de ce foyer. L’auteur nous en fait une description sans concession, réaliste, cruelle et aimante. Il a sans doute pour eux, une tendresse mêlée à un agacement parfois palpable. Ils sont débiles, handicapés, retardés, pas normaux, cassés par la vie, leur cerveau s’est mis en rideau…    Le politiquement correct nous contraint à faire semblant de les aimer.   Mais ces gens sont « si pas comme nous » ils sont si bruyants, si dérangeants, si imprévisibles, si envahissants… On aimerait ignorer qu’ils existent, comme le fait notre société. On aimerait ne pas les voir. L’auteur nous oblige à leur accorder notre regard, notre écoute. Il nous invite à tenter, non pas de les comprendre, ça n’est pas notre rôle, mais à partager quelques jours de leur drôle d’existence.

— Étrange et peu commune comme cette convergence de personnages. Il y a deux histoires imbriquées dans ce livre. Le lecteur s’y perd parfois, il s’oblige à des retours en arrière pour tenter de comprendre. La sauce manque de lien. Mener deux histoires de front était une bonne idée, mais certaines maladresses nous égarent. Et lorsque l’on comprend enfin la chronologie, on devine également vers quelle destination nous entraîne l’auteur. Le récit perd alors un peu de son intérêt, la fin étant devenue prévisible.   

Il y a « ceux des foyers » soignants et soignés, et il y a la famille Lequart. Des « Sans dents » dont l’auteur nous dresse un portrait à la fois féroce et cru. C’est fort et bien écrit ! Il y a du mépris dans ces paragraphes, voire une haine omniprésente pour ces gens-là.   Ils sont pathétiques, méchants, stupides. Ils semblent impossibles à aimer. Et pourtant, ils sont si douloureusement vrais. Si douloureusement pauvres, si douloureusement malheureux. On rit parfois de leur petitesse, de leurs manies, de leurs étroitesses d’esprit. Il nous arrive même de vouloir les aider, de leur marmonner: « mais bon Dieu, tu ne pourrais pas être un peu moins con ! »

— Étranges et peu communs comme ces flash-back constants. Même remarque que dans paragraphe précédent. Ils souffrent d’une maladresse de narration. On s’y égare. On entend presque l’auteur nous dire : «  mais enfin, si ! C’est évident ! Tu ne peux que comprendre ! »  Certes, mais Il y a toujours un décalage entre ce que l’on écrit et ce que l’on croit faire passer dans nos écrits. 

— Étranges et peu communs comme ces personnages. Certains comme le père et la mère Lequart, la directrice du foyer, et quelques autres secondaires sont très fouillés, complets… En fait, leur étude est passionnante. En comparaison, les deux personnages principaux, la belle Vickie, Annie, semblent délaissés. On ne les connaît pas vraiment, on survole leur intériorité. On aimerait savoir qui elles sont et pourquoi elles le sont. Tout un pan de la vie d’Annie nous est volé… Pourquoi est-elle devenue ce qu’elle est, que fut son adolescence, que fut sa vie ? Pourquoi Vickie est-elle une sorte d’ange évoluant dans un vivier de petits démons, de farfadets et autres trolls ? Quelle blessure profonde dissimule-t-elle ? Bien sûr, c’est un choix de l’auteur, choix que je respecte, mais il aurait fallu qu’il parvienne à justifier ce choix et à nous le faire admettre.

Pour résumer, si le début du récit peut donner parfois une impression de « fouillis » il se dégage de cet ouvrage un humour pudique et discret. En fait, tout le bouquin est d’une désespérante et acide drôlerie. L’auteur nous propose une suite de clichés en 4 D.  Avec lui, nous rentrons comme des voyeurs dans cet univers. L’auteur a réussi à insérer un vrai suspens, à la façon d’une enquête policière, avec option coup de théâtre, avec des contre-héros puissants, même si, je le reconnais, le projet final de Vickie demeure pour moi un mystère.

L’écriture est agréable, bourrée de bons mots, d’expressions drolatiques, de trouvailles. Assurément, un bouquin à lire et à découvrir, malgré les quelques réserves que je soulève.


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